La fenêtre à 15 % s’est refermée le 30 juin 2026. Ceux qui avaient anticipé une distribution avant cette date ont capté l’ancien taux ; pour tous les autres, la question se repose avec des paramètres neufs, et surtout avec une conclusion qui surprend : sortir l’argent coûte désormais assez cher pour que la vraie question devienne parfois « faut-il le sortir du tout ». Tant que le bénéfice reste en société, il ne subit pas de seconde taxation.
Ce qui sépare vraiment la rémunération du dividende
Les deux voies n’ont ni le même coût, ni les mêmes effets sur vos droits sociaux, et la bonne réponse est presque toujours une combinaison des deux plutôt qu’un choix exclusif.
| Rémunération | Dividende | |
|---|---|---|
| Chez la société | Charge déductible | Prélevé sur le bénéfice après impôt |
| Cotisations sociales | Oui, 20,5 % du revenu net dans la première tranche | Aucune |
| Imposition chez vous | Barème progressif de l’impôt des personnes physiques | Précompte mobilier libératoire |
| Droits sociaux (pension, mutuelle) | Constitués | Aucun |
| Effet sur le taux réduit à l’impôt des sociétés | Peut le déclencher | Peut le faire perdre |
La dernière ligne est la plus coûteuse quand elle est ignorée. Le taux réduit de 20 % sur la première tranche de 100 000 euros suppose qu’un dirigeant au moins reçoive une rémunération suffisante. Se verser uniquement des dividendes fait perdre cet avantage et porte l’impôt à 25 % sur toute la tranche, avant même la moindre distribution. Le seuil de rémunération est indexé et a été relevé récemment : il se vérifie pour l’exercice concerné, et les conditions complètes figurent dans notre article sur l’impôt des sociétés.
Pourquoi le dividende seul est rarement optimal
Parce qu’il subit deux impositions successives : l’impôt des sociétés d’abord, le précompte mobilier ensuite. Le tableau ci-dessous donne la charge cumulée réelle, depuis le bénéfice avant impôt jusqu’à l’argent sur votre compte privé.
| Parcours de l’euro de bénéfice | Calcul | Charge totale |
|---|---|---|
| Impôt des sociétés à 20 %, puis VVPRbis à 18 % | 1 moins (0,80 x 0,82) | 34,4 % |
| Impôt des sociétés à 25 %, puis VVPRbis à 18 % | 1 moins (0,75 x 0,82) | 38,5 % |
| Impôt des sociétés à 20 %, puis dividende ordinaire à 30 % | 1 moins (0,80 x 0,70) | 44,0 % |
| Impôt des sociétés à 25 %, puis dividende ordinaire à 30 % | 1 moins (0,75 x 0,70) | 47,5 % |
La dernière ligne dépasse le taux marginal le plus élevé du barème des personnes physiques. Un dirigeant qui se verse uniquement des dividendes ordinaires, sans taux réduit à l’impôt des sociétés et sans régime de faveur, paie donc davantage qu’un salarié sur la même somme. C’est le scénario par défaut de qui ne prépare rien, et il coûte treize points de plus que le meilleur parcours.
Exemple chiffré : sortir 75 000 euros de bénéfice après impôt
La société a déjà payé son impôt des sociétés. Il reste 75 000 euros distribuables. Trois voies, trois résultats.
- Dividende ordinaire, précompte mobilier de 30 % : 22 500 euros de précompte, net de 52 500 euros.
- VVPRbis, précompte de 18 % : 13 500 euros de précompte, net de 61 500 euros.
- Réserve de liquidation : la cotisation distincte de 10 % se calcule sur le montant affecté à la réserve. Sur 75 000 euros disponibles, la réserve s’élève à 68 181,82 euros et la cotisation à 6 818,18 euros. Après le délai d’attente, le précompte de 9,8 % représente 6 681,82 euros. Net de 61 500 euros.
Les deux régimes de faveur aboutissent au centime près au même résultat, et l’écart avec le dividende ordinaire atteint 9 000 euros sur 75 000, soit douze points. La différence entre VVPRbis et réserve de liquidation n’est donc pas fiscale, elle est pratique : le premier n’exige aucun décaissement immédiat mais impose des conditions sur l’origine des actions, la seconde s’applique à tout bénéfice mais coûte 10 % tout de suite.
VVPRbis ou réserve de liquidation : lequel s’applique à votre société ?
| VVPRbis | Réserve de liquidation | |
|---|---|---|
| Base légale | Article 269, §2 du CIR 92 | Article 184quater du CIR 92 |
| Sociétés éligibles | Petites sociétés au sens du Code des sociétés et des associations | Petites sociétés au sens du même code |
| Condition sur les actions | Nominatives, intégralement libérées, issues d’un apport en numéraire effectué depuis le 1er juillet 2013, sans actions privilégiées émises depuis | Aucune |
| Coût immédiat | Aucun | Cotisation distincte de 10 % lors de la constitution de la réserve |
| Délai d’attente | Trois exercices comptables complets avant la première distribution au taux réduit | Trois ans depuis la réforme de juillet 2025 |
| Distribution anticipée | 30 %, le taux intermédiaire de 20 % ayant été supprimé | 20 % avant l’expiration du délai |
Le critère de tri est simple. Si votre société a été constituée par apport en numéraire depuis juillet 2013 et que vos actions remplissent les conditions, le VVPRbis ne coûte rien à activer et devrait être le premier réflexe. Si votre société est plus ancienne, ou si son capital provient d’un apport en nature, le VVPRbis est fermé et la réserve de liquidation devient la seule voie vers 18 %. Les deux peuvent coexister au sein d’une même société sur des bénéfices différents.
Pourquoi 9,8 % et pas un chiffre rond ?
Parce que ce taux n’a pas été choisi pour lui-même : il a été calculé pour aligner exactement la réserve de liquidation sur le VVPRbis. La démonstration tient en deux lignes. Sur 100 euros disponibles, la réserve s’élève à 90,91 euros et la cotisation à 9,09 euros. Le précompte de 9,8 % sur 90,91 euros représente 8,91 euros. Total prélevé : 18,00 euros, soit précisément le taux VVPRbis.
Cette égalité n’est pas anecdotique pour votre décision : elle signifie que le choix entre les deux régimes ne se joue plus sur le rendement fiscal, mais uniquement sur l’éligibilité et sur la trésorerie. La cotisation de 10 % de la réserve de liquidation se paie immédiatement, le précompte VVPRbis seulement au moment de la distribution.
Que change la réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2026 ?
Trois interventions législatives se sont succédé en moins de douze mois. La loi-programme du 18 juillet 2025 a ramené le délai d’attente de la réserve de liquidation de cinq ans à trois ans et supprimé le taux intermédiaire de 20 % qui s’appliquait au deuxième exercice en VVPRbis. La loi-programme mettant en oeuvre l’accord budgétaire a ensuite porté le VVPRbis de 15 % à 18 % et le précompte de la réserve de liquidation de 6,5 % à 9,8 %.
La conséquence stratégique dépasse le choix du régime. À 18 % de sortie s’ajoutant à l’impôt des sociétés, la question de savoir s’il faut distribuer devient réelle. Tant que les liquidités restent en société, elles ne subissent pas de seconde taxation et peuvent financer des investissements, un immeuble, ou une pension complémentaire. Distribuer mécaniquement chaque année parce que c’est l’habitude n’est plus neutre.
Une distribution fiscalement possible est-elle juridiquement permise ?
Pas automatiquement, et c’est le point que les calculs fiscaux font oublier. Le Code des sociétés et des associations soumet toute distribution d’une SRL à deux tests cumulatifs, prévus aux articles 5:141 à 5:144.
Le test d’actif net interdit la distribution si l’actif net devient ou deviendrait négatif. Le test de liquidité exige de l’organe d’administration qu’il vérifie que la société pourra continuer à payer ses dettes pendant au moins douze mois après la distribution, et cette évaluation doit être documentée. Un dividende décidé sans ces vérifications engage la responsabilité des administrateurs et peut devoir être restitué. Ce point relève de notre conseil en droit des sociétés autant que de la fiscalité.
Quel rôle joue la rémunération au-delà du taux réduit ?
Elle construit vos droits sociaux, et c’est un effet que le dividende ne produira jamais. Pension légale, remboursements de soins de santé, revenu garanti en cas d’incapacité : tout cela se calcule sur les revenus professionnels déclarés. Un dirigeant qui ne se verse que des dividendes cotise au minimum et se retrouve avec une pension minimale, trente ans plus tard, sans possibilité de rattrapage.
La rémunération ouvre aussi l’accès à la pension libre complémentaire pour indépendants, dont les primes sont déductibles et calculées sur les revenus professionnels. Sans rémunération, ce levier est simplement fermé. D’autres mécanismes complètent utilement le duo, sans supporter ni cotisations ni précompte : le remboursement de frais propres à l’employeur sur justificatifs, les chèques-repas, certains avantages de toute nature à forfait faible, et le remboursement d’un compte courant d’associé créditeur, qui ne coûte rien puisqu’il s’agit de récupérer votre propre argent.
Quelles erreurs reviennent le plus souvent ?
- Se verser zéro rémunération pour éviter les cotisations. La perte du taux réduit à l’impôt des sociétés coûte cinq points sur toute la première tranche de 100 000 euros.
- Distribuer avant la fin du délai d’attente. Le taux passe alors à 30 % en VVPRbis ou 20 % sur la réserve de liquidation, ce qui annule tout l’avantage.
- Croire le VVPRbis acquis. Il suppose un apport en numéraire depuis juillet 2013, des actions nominatives et intégralement libérées, et aucune action privilégiée émise depuis.
- Oublier les tests de distribution. Un dividende juridiquement irrégulier se répète rarement sans conséquence.
- Raisonner en taux de précompte. C’est la charge cumulée depuis le bénéfice avant impôt qui compte, et elle va de 34,4 % à 47,5 %.
- Décider en décembre. L’arbitrage rémunération contre dividende se pilote sur l’exercice entier, puisque la rémunération doit avoir été versée pendant l’exercice pour produire ses effets.
Arbitrer sur vos chiffres, une fois par an
La décision se prend en deux temps : d’abord fixer la rémunération, parce qu’elle conditionne le taux réduit et vos droits sociaux et qu’elle doit être versée pendant l’exercice ; ensuite seulement décider du sort du solde, entre distribution et mise en réserve. Les deux étapes dépendent de votre situation personnelle, de votre taux marginal et de vos besoins de trésorerie privés. La même logique de calcul sert d’ailleurs en amont, pour décider s’il faut passer en société.
Pour aller plus loin : notre accompagnement en optimisation fiscale du chef d’entreprise, qui comprend l’arbitrage annuel entre rémunération et distribution.





